LES DONS DU SAINT-ESPRIT : VII CONSEIL

Le Rosaire Lumière et Vie – Vol 66, No 2, mars-avril 2013
Les Dons du Saint-Esprit : VII
CONSEIL
Par le Père Reginald Martin, OP

FAIRE DES CHOIX APPROPRIÉS

Lorsque nous avons considéré les vertus morales, nous avons pensé que ce qui différencie le sage de l'insensé, c'est la sollicitude du sage, la prudence avec laquelle il juge ses options et choisit des actions qui évitent les extrêmes. Notre foi appelle cette capacité pratique Prudence, que le Catéchisme définit comme « la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre vrai bien et à choisir les bons moyens pour y parvenir » (#1806).

VERTU PRATIQUE

La raison « pratique » est la capacité humaine par laquelle nous choisissons les chemins qui nous mèneront à un objectif particulier. Il s'intéresse moins aux connaissances théoriques qu'aux réalités d'ici et maintenant auxquelles nous devons faire face dans notre vie quotidienne. Bien sûr, cela nécessite une certaine connaissance des principes généraux du bien et du mal, mais le but de Prudence est l’action – en particulier, faire les bons choix. Saint Thomas d'Aquin cite Aristote, disant que la Prudence est « la bonne raison appliquée à l'action » (II-II, 47 : 2). Saint Augustin définit simplement la Prudence comme "la connaissance de ce qu'il faut rechercher et de ce qu'il faut éviter."

LE DON DU CONSEIL

Saint Thomas d'Aquin a enseigné (ST, II-II.52.3) que les principes inférieurs du mouvement (tels que les corps) sont aidés et perfectionnés par des principes supérieurs (tels que les esprits). Parce que la raison divine fournit la norme selon laquelle nous jugeons tout acte humain comme étant bon ou mauvais – la raison divine est la norme de justice à laquelle nos actions humaines devraient aspirer – personne ne sera surpris d'apprendre que le Saint-Esprit nous a fait un don pour correspondent à la vertu de Prudence. C'est le don du Conseil, qui perfectionne la vertu de Prudence. L'écrivain bénédictin qui nous a accompagné dans ces réflexions observe :

Le don de conseil, Donum consilii, pourrait vraiment être appelé le plus intéressant des dons ; à travers elle, l'Église dans son administration, les chrétiens individuels dans leurs décisions, suivent des instincts qui dépassent tout ce que la prudence humaine peut faire. Par lui, selon saint Thomas, l'homme est comme celui qui est conseillé par Dieu lui-même… Par le don du conseil, le chrétien entre dans les voies secrètes de Dieu ; sans le savoir mais sans se tromper, il choisira, dans les contingences pratiques de la vie spirituelle, les voies qui mèneront au salut éternel. Qui ne voit pas quel rôle ce don doit jouer dans la grande vie de l’Église catholique, où des décisions sont constamment prises sur des questions qui affectent le bien-être spirituel de millions de personnes ?

(Anscar Vonier, L'Esprit et la mariée, p. 192)

UNE AIDE SPIRITUELLE

Avant de poursuivre cette discussion, nous devons noter le P. L'utilisation répétée par Vonier du mot « spirituel » dans ses remarques. Nous traitons ici de réalités pratiques, et bien que la Prudence puisse, en effet, nous fournir des conseils inestimables lorsque nous examinons les questions morales sous-jacentes lorsque nous évaluons les choix individuels que nous faisons en matière d'investissements boursiers, la Prudence et le don de conseil de l'Esprit sont destinés à accroître notre spiritualité. – pas nécessairement nos fortunes matérielles. Un écrivain déclare :

…on pourrait dire que le Conseil est un don du Saint-Esprit, qui nous fait discerner avec certitude le meilleur moyen d'arriver à notre fin dernière…c'est une qualité donnée par le Saint-Esprit à l'âme en état de grâce, quelle qualité perfectionne tellement l'intelligence qu'elle comprend parfaitement tout ce qui doit être fait ou évité dans l'intérêt du salut éternel.

(James F. Carroll, CSSp., Dieu le Saint-Esprit, pp. 59-60)

POUR RÉPONDRE À DES FINS PRATIQUES

Faisant écho à ces pensées, un dominicain du XXe siècle a noté

La prudence… peut s'emparer des intentions de la charité et les transformer en réalisations pratiques, mettant la volonté sous le contrôle de la justice, gouvernant les passions par la tempérance et la force… C'est la vertu de gouverner, le centre de la vie morale surnaturelle : elle change les buts de l'amour en actes détaillés, et l'amour se révèle dans les actes.

(HD Gardeil, Le Saint-Esprit dans la vie chrétienne, p. 70)

LES CADEAUX VERTUS PARFAITES

Comme nous l'avons dit plus haut, et comme nous l'avons vu dans chacune de nos autres réflexions sur les dons de l'Esprit, les dons de l'Esprit perfectionnent les vertus. Ils le font en rendant une vertu plus facile à pratiquer, ou en nous permettant de pratiquer la vertu plus intensément, plus rapidement et avec plus de ferveur. Le cardinal Manning l'a exprimé de manière très éloquente lorsqu'il a décrit un don comme

… une certaine qualité ou perfection infusée dans la raison de l'homme par la grâce du Saint-Esprit, par laquelle la raison est rendue capable de discerner non seulement le bien et le mal, non seulement la voie de l'obéissance, mais aussi la voie de la perfection ; c'est savoir ce qui, entre deux choses, bonnes et justes, est meilleur, plus élevé et plus agréable à Dieu. Cela donne aussi… une volonté prête à mettre en pratique ce que nous considérons comme la partie la plus élevée et la meilleure.

Lorsqu'il relie ce principe au don de conseil, notre écrivain dominicain dit :

Puisque le don de conseil perfectionne la faculté de gouverner concrètement, il se trouve au centre de l’œuvre du Saint-Esprit en nous. Plus haut, il y a la contemplation ; en bas, la vie pratique quotidienne ; entre les deux, le conseil jette la lumière de la contemplation sur des prescriptions pratiques, comme la prudence, mais à sa manière qui est supérieure. (P. 70)

CONSEIL : NOUS AIDER À nous adapter

Mais comment, exactement, pouvons-nous raisonnablement nous demander, le don de conseil manifeste-t-il son potentiel supérieur pour gouverner ? Premièrement, en nous permettant de nous adapter aux circonstances changeantes de notre vie. Nous possédons la vertu morale nécessaire pour prendre les bonnes décisions, mais

les conditions de vie changent, les projets sont modifiés, notre vie personnelle ne reste pas la même, nous varions avec l'âge, nous changeons, nous avançons, nous reculons. Il nous faut adapter ces pouvoirs de force, de justice, de tempérance, à une matière essentiellement malléable, difficile à modeler… Seuls nous ne saurons pas y parvenir. (P. 71)

NOUS AIDER À TRIOMPHER

Deuxièmement, parce que nous sommes myopes, le don du Conseil nous permet de surmonter certains de nos défauts et faiblesses naturels. Le cardinal Manning a écrit avec sagesse, citant saint Paul : « Le… grand antagoniste de cet esprit de conseil est la sagesse du monde… la prudence de la chair. »

Il n’est pas nécessaire de chercher très loin pour identifier l’un ou l’autre de ces défis. L’univers objectif et moral change chaque jour autour de nous. Un paysage de valeurs politiques changeantes, une éthique des affaires douteuse et des découvertes scientifiques toujours émergentes font de la question de la confiance du public et de la prise de décision morale dans le domaine public un dilemme de plus en plus grand, même pour le chrétien le plus prudent et le mieux informé.

La prise de décision dans notre vie personnelle n’est guère plus facile. Dans nos réflexions sur les autres dons de l'Esprit, nous avons vu que l'intérêt personnel, l'attrait du confort, l'amour naturel de notre famille et un certain nombre d'autres distractions de moindre importance peuvent facilement faire obstacle au progrès dans le domaine. vie de vertu. Les menaces qui pèsent sur Prudence ne sont ni moindres ni différentes.

TRIOMPHE – QUOI ?

Si nous considérons le résultat de ces influences combinées dans nos vies, nous voyons qu'elles conduisent souvent à une parole inconsidérée, à un acte irréfléchi et ignoré, ou – au contraire – soit à un état de paralysie spirituelle, soit au moins au sentiment que notre capacité « savoir ce qu’il faut rechercher et ce qu’il faut éviter » a été sérieusement compromis.

Saint Thomas donne des titres formels à ces réalités, les nommant imprudence, précipitation, irréfléchie, inconstance et négligence. Ils peuvent commettre des péchés, dit-il, s’ils sont embrassés par mépris pour la loi de Dieu (ST, II-II, 53. 4-5), mais notre expérience humaine prouve généralement qu'ils sont plus susceptibles d'être le résultat du stress ou de la confusion face à des revendications concurrentes sur notre attention. Notre auteur dominicain ne dit que la triste vérité lorsqu'il remarque :

Telle est souvent notre psychologie dans la gestion de nous-mêmes. La vertu de prudence, quoique surnaturelle, se place dans cette pauvre psychologie : devenant nôtre, il nous appartient de l'employer, en gardant pour nous l'initiative. C'est bien une perfection surnaturelle, mais nous avons encore des passions, des buts secrets, nous n'agissons pas avec franchise, avec persévérance… C'est pour aider cette faiblesse qu'intervient le Saint-Esprit… Nous sommes tentés d'aller trop vite ; quelque chose nous retient, nous fait réfléchir, nous fait prier avant d'agir : le conseil nous empêche de nous précipiter. Si, au contraire, nous sommes livrés à la négligence, [l'Esprit] nous réveille…. (pp. 72-3)

CONSEIL ET CONSCIENCE

Si cette direction du don de Conseil commence à ressembler beaucoup à notre conscience, nous devons nous rappeler que Dieu est la source à la fois de la voix de la conscience et des dons de l'Esprit. «Cette voix de la conscience» écrit le P. Gardeil,

…ressemble fortement aux inspirations du Saint-Esprit. Notre raison est juste lorsqu'elle est sous l'influence de la raison de Dieu… Mais chez une personne rendue divine par la grâce… qui est sous l'influence constante du Saint-Esprit… il y a plus : il y a l'inspiration proprement dite. Mais tout cela, conscience et inspiration, fait partie d’un même tout. Concrètement, c'est le même Dieu qui illumine notre conscience et qui nous inspire…. (P. 73)

Lorsque nous nous abandonnons à l'Esprit de Dieu, le don de conseil peut s'exprimer à travers le mouvement de notre conscience.

Le Saint-Esprit rend la lumière de notre conscience deux fois plus brillante par ses inspirations. Maintenant d'une manière douce : un murmure, mais persuasif et insistant. À d’autres moments, c’est un dur reproche, quand nous n’écoutons pas et sommes obstinés. (pp. 76-7)

CONSEIL ET REMISE

Écoutons encore une fois saint Thomas d'Aquin, qui enseignait que la vertu de prudence se perfectionne par le don de conseil. Bien que nous puissions remarquer des similitudes entre le don de conseil et l’instruction que les parents donnent à leurs enfants, ou les instructions que chacun d’entre nous reçoit d’un supérieur, ce don est bien plus que de bons conseils que nous recevons lorsque nous écoutons les autres lors d’une réunion. C'est, dit saint Thomas, le don de Dieu par lequel la Prudence est « aidé en étant gouverné et poussé par le Saint-Esprit » (II-II, 52.2).

CONSEIL ET LES BEATITUDES

La prudence nous incite à faire des choix appropriés qui produiront de bons résultats. Le don de conseil de l'Esprit élève cette capacité naturelle pour en faire un signe de la bonté de Dieu pour le monde. Ainsi, le Don de Conseil allie étroitement la Prudence à la Béatitude dans laquelle le Christ promet, « Bienheureux les miséricordieux, car il leur sera fait miséricorde » (Mt 5:7). La raison en est que la Prudence nous demande de faire les bons choix, et que le Conseil lui demande de choisir la meilleure parmi une multitude de bonnes options.

Évidemment, les meilleurs choix que nous puissions faire sont ceux qui profiteront aux créatures de Dieu. La miséricorde (qui est la compassion pour la détresse d'autrui, associée à une volonté pratique de la soulager) est l'acte suprêmement bon, dans lequel nous nous rapprochons le plus de l'imitation de Notre Sauveur, qui – avec miséricorde – a offert sa vie pour notre salut. Il nous a demandé de prendre son joug, promettant de le supporter avec nous.

Notre Seigneur fait ainsi briller en nous la lumière de sa propre croix. Il fait comprendre le mystère de la croix. Il nous dit comme il disait à Pierre fuyant le martyre : « Je retourne à Rome pour être de nouveau crucifié ». Eh bien, retournons à Rome et reprenons notre croix. (P. 76)

MARIE, MÈRE DE BON CONSEIL

Terminons cette réflexion en considérant encore une autre personne en qui nous pouvons trouver les dons de l'Esprit toujours à l'œuvre : la Sainte Vierge, que nous appelons « Mère du Bon Conseil ». Notre compagnon dominicain, le P. Gardeil, nous encourage à avoir recours à elle lorsque nous prions pour le Don du Conseil, soulignant que si nous le faisons, nous aurons une double garantie : celle de l'Esprit et celle de Marie, « qui, au-delà de ses propres dons, saura lancer notre bonne volonté en priant le Saint-Esprit pour qu'il nous accorde ses dons lorsque nous en aurons besoin. » (P. 77)

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