Que dirait la Vierge Marie de l’humilité ?
Lumière et Vie – Janvier-Février 2019, Vol 72, No 1 – Une publication de la Province Dominicaine Occidentale

Que dirait la Sainte Vierge de Humilité?
par le P. Columban Mary Hall, OP
[Fr. Columban Mary Hall, OP est un frère étudiant de la Province Dominicaine Occidentale en vœux simples. Il est actuellement en année de résidence à la cathédrale de la Sainte Famille à Anchorage, en Alaska.]
L'humilité est une vertu que nous associons instinctivement à la Sainte Vierge, qui se désigne à deux reprises comme la « servante » du Seigneur (Lc 1, 38 et 48). Les deux occasions, l'Annonciation et la Visitation à Sainte Élisabeth, sont rappelées dans le Rosaire et offrent de merveilleuses occasions de méditer sur l'humilité de la Sainte Vierge.
Que dirait Marie elle-même à propos de l’humilité ? Son Magnificat dit tout. Bien que certains aient vu dans le Magnificat Marie la déclaration de sa propre grandeur (« désormais, toutes les générations me diront bienheureuse »), il s'agit principalement de la grandeur de Dieu, notre bien souverain et notre but final.
Saint Thomas écrit que l'humilité est une vertu qui nous aide à nous ordonner correctement face au bien difficile, en tempérant et en retenant l'esprit contre la présomption ou l'excès de confiance. Sa contrepartie est la magnanimité, une part de courage qui nous empêche de désespérer du bien difficile. Ces deux éléments sont montrés dans le Magnificat de Marie : reconnaissant qu'elle tient tout de Dieu, Marie le magnifie et revendique son rôle et sa responsabilité de mère du Messie. Assurée de la grâce de Dieu, elle met sa foi en Lui ; c'est pourquoi Elizabeth la qualifie de bienheureuse pour avoir cru.
Je pense que Marie dirait que se rabaisser n’est pas de l’humilité, ni négliger les dons, les talents et les bénédictions que Dieu nous a donnés. On ne la voit jamais faire ça. En revanche, les humbles ne s’admirent pas et ne cherchent pas à être admirés, malgré les dons qu’ils reconnaissent. Ils les mettent au service de Dieu et du prochain. Lorsque l'ange l'appelle « pleine de grâce », Marie est troublée et ne comprend pas « de quelle sorte de salutation il s'agit » (Lc 1, 28-29). Je ne peux pas penser que la Vierge immaculée ait jamais eu l'illusion qu'elle avait péché, mais cela ne veut pas dire qu'elle ait deviné la profondeur de sa propre sainteté ou qu'elle ait beaucoup pensé à elle-même. Elle a pensé à Dieu et a béni Dieu. Elle ne tarda pas à se féliciter d'avoir été choisie, elle se leva en toute hâte pour rendre visite à Elizabeth.
Marie nous dirait que, reconnaissant leur néant devant Dieu, les humbles ne cessent de lutter pour de grandes choses ; mais ils luttent pour les obtenir avec confiance en Dieu, les demandant à Dieu, comme les choses ordonnées à Dieu et cachées en Dieu. Ce n’est pas la grandeur terrestre ou l’exaltation extérieure qu’ils recherchent, car cela fait obstacle au désir des choses célestes. Les humbles aspirent à plus : rien de moins que Dieu lui-même, afin que leur âme le magnifie. Que le Rosaire soit pour nous une école d'humilité, un moyen de glorifier Dieu et un catalyseur de charité.