La conversion est un avant-goût de notre propre résurrection.

Par le Père Dismas Sayre, OP, directeur du Centre du Rosaire et promoteur de la Confrérie du Rosaire, Bulletin Lumière et Vie, mars-avril 2026, vol. 79, n° 2

La conversion est un avant-goût de notre propre résurrection.

Parmi nos membres actifs, nous comptons un nombre incalculable de personnes incarcérées, des condamnés à de courtes peines aux condamnés à perpétuité. Mais elles ont toutes un point commun : elles ont tourné leur vie vers le Seigneur et prient le Rosaire de la Vierge Marie pour elles-mêmes, pour leurs codétenus et pour nous. Cette conversion profonde est non seulement possible, mais elle constitue précisément l'une des raisons pour lesquelles le Seigneur est venu sur Terre. Rappelons-nous qu'il a proclamé l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe, notamment lorsqu'il est envoyé « annoncer la délivrance aux captifs » (Luc 4, 19a). Dans l'Écriture, l'incarcération, à l'instar de la maladie, est un symbole visible de la réalité spirituelle sous-jacente : nous libérer de l'esclavage du péché, nous guérir de nos maux spirituels – deux réalités qui annoncent notre résurrection au dernier jour et la vie éternelle en Dieu dans le monde à venir.
Je souhaite donc partager l'histoire d'un frère dominicain, lui-même converti avec une certaine hésitation à prêcher la Bonne Nouvelle aux captifs, grâce à notre Province dominicaine d'Angleterre et au blog Godzdogz. Je vous en prie, dans votre charité, priez pour ceux qui prient aussi pour vous. Priez pour les personnes incarcérées qui ont besoin de conversion, ainsi que pour leurs familles et leurs proches à l'extérieur des murs de la prison, et pour leur guérison. Que Dieu brise toutes les chaînes du péché dans nos vies !

(Détail d'un vitrail représentant le Mystère de la Résurrection, église du Saint-Rosaire, Portland, Oregon.)
Photo prise par le père Lawrence Lew, OP.)


Jean-Joseph Lataste naquit à Cadillac, près de Bordeaux, en 1832. Après ses études, il devint fonctionnaire. Tout en travaillant dans différentes villes des environs de Bordeaux, il fut un membre actif de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Cependant, depuis son enfance, Jean-Joseph songeait à une possible vocation sacerdotale. Durant ses études à Bordeaux, il fit la connaissance du père Jean-Baptiste Henri-Dominique Lacordaire, OP, et se tourna vers lui lorsqu'il commença à approfondir sa vocation religieuse. Finalement, Jean-Joseph Lataste entra dans l'Ordre dominicain en 1857, quelque dix-huit ans après Lacordaire, qui l'avait rétabli dans la France post-révolutionnaire.
Jeune frère, Jean-Joseph se forma au sacerdoce au prieuré de Saint-Maximin, dans le sud-est de la France. Lors du transfert des reliques de sainte Marie-Madeleine au prieuré, il lui fut révélé que même les plus grands pécheurs recèlent en eux tout ce qu'il faut pour devenir les plus grands saints.
En septembre 1864, il fut envoyé prêcher une retraite spirituelle à la prison pour femmes de Cadillac, près de Bordeaux. Il s'y rendit avec scepticisme et tous les préjugés que l'on peut avoir sur les détenues. Mais durant la retraite, une transformation s'opéra en lui. Il fut le premier à se convertir à ses propres paroles. En priant avec les prisonnières devant le Saint-Sacrement, il eut une idée radicale pour l'époque : fonder une nouvelle congrégation religieuse pour les femmes sortant de prison. La solution qu'il proposa fut appelée la Maison de Béthanie. Il écrivit :
L’Évangile nous dit qu’à Béthanie vivaient deux sœurs : Marthe, d’une vertu irréprochable, et Marie-Madeleine, qui avait été pécheresse. Jésus aimait venir se reposer chez elles, où l’une le servait tandis que l’autre écoutait ses paroles. Il ne faisait aucune distinction entre elles – ou du moins, le croyait-il… ? En réalité, il préférait Madeleine. Marthe est surprise, et Jésus lui répond avec douceur, mais il lui accorde tout de même sa préférence : « Vous vous inquiétez et vous vous tourmentez pour beaucoup de choses ; or, une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, et qu’on ne la lui enlève pas. » (Luc 10, 41). Quelle était donc cette meilleure part ? C’était le fait que Madeleine aimait davantage. Celle qui avait été pécheresse avait progressé plus loin sur le chemin de l’amour divin que Marthe, modèle de vertu. Quand Dieu nous aime et nous accorde sa grâce, il ne s’intéresse pas à ce que nous avons été ; il ne se soucie que de ce que nous sommes – non pas de la profondeur de notre chute, mais de la mesure de notre amour. Il ne nous juge que sur la force de notre amour. 
Heureux ceux dont le passé les pousse à un plus grand amour, et heureux ceux qui, dans une sorte de rivalité, redoublent leurs efforts pour ne pas être laissés pour compte (Lataste, Les Réhabilités).
Il prêcha une autre retraite à Cadillac en septembre 1865 et y retrouva les mêmes prisonniers qui étaient restés fidèles à ses directives spirituelles. Il put alors dire : « J'y ai vu des choses merveilleuses ! »
La Maison de Béthanie fut fondée le 14 août 1866 à Frasnes, près de Besançon, dans l'est de la France. Son originalité réside dans le fait que la communauté est composée d'anciennes prisonnières et d'autres femmes au passé irréprochable, vivant ensemble la vie religieuse, au point qu'il est impossible de les distinguer. Le jour de Noël 1868, Jean-Joseph Lataste y célébra la messe pour la dernière fois et reçut la bénédiction de remettre l'habit dominicain à la première ancienne prisonnière, sœur Noël. Mais Jean-Joseph tomba malade et mourut le 10 mars 1869.
Dans son livret Les Réhabilités, il écrit :
Vous comprenez maintenant notre objectif et les moyens de l'atteindre. Vous avez constaté le problème et sa solution. Ces prisonniers méritent votre compassion. Il vous appartient de leur accorder une forme de réparation pour ces longues années d'emprisonnement. Déshonorés autrefois, mais depuis longtemps réhabilités devant Dieu, ils doivent maintenant l'être devant l'humanité. Ils doivent être sauvés, non seulement du déshonneur passé, mais aussi de l'inévitable retour au crime ; ils doivent être sauvés, non seulement pour cette vie, mais pour l'éternité ; ils doivent être sauvés par amour pour celui qui a dit : « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Le 27 juin 2011, le pape Benoît XVI a approuvé la béatification de Jean-Joseph Lataste, qui a été célébrée le 3 juin 2012 à Besançon.

Statue du bienheureux Jean-Joseph Lataste, OP, avec quelques anciens prisonniers à ses pieds. Crédit photo : Sœur Barbara Johanna, Wikimedia.


Le chapelet  Elle compte parmi les dévotions les plus puissantes que la Vierge Marie nous a confiées et, en ces temps troublés, elle demeure un chemin sûr vers la paix, la conversion et un amour plus profond du Christ.
Pape Léon XIV

Article de fond – Théologie pour les laïcs

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Note du directeur

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Fr. Dismas Sayre, OP

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