Je vous salue Marie comme carburant
Par le Père Dismas Sayre, OP, directeur du Centre du Rosaire et promoteur de la Confrérie du Rosaire, Bulletin Lumière et Vie, sept.-oct. 2026, vol. 79, n° 5
Je vous salue Marie comme carburant
Si j'ai suggéré dans le numéro précédent de Lumière et Vie que le « Notre Père » pouvait être considéré comme une sorte de mission pour le salut des âmes, il me semble tout à fait pertinent d'interpréter le « Je vous salue Marie » comme une sorte de carburant, ou de ration, pour notre mission. La structure du Rosaire se prête à cette analogie, puisque nous commençons notre prière par notre mission. En priant, nous nous engageons dans une prière constante et rythmée, qui s'achève par le « Gloire au Père », c'est-à-dire la doxologie finale de louange et d'action de grâce à Dieu. Considérons donc le Je vous salue Marie en trois parties.
La salutation angélique
Je vous salue Marie, pleine de grâce. Ces paroles développent celles de l'ange dans l'Évangile de Luc : « Je vous salue, pleine de grâce » (version Douay-Rheims) ou « Je vous salue, Marie, comblée de grâce » (Bible Segond 21), en y ajoutant le nom de la Vierge Marie. Les différentes formulations relèvent en quelque sorte de débats sur le choix des mots ou l'interprétation, mais l'idée demeure la même. Marie n'est pas rendue « pleine de grâce » ou « comblée de grâce » à cet instant, mais elle est trouvée « pleine de grâce ». Le salut angélique révèle son identité, tout comme à Lourdes, où Marie ne dit pas : « J'ai été conçue sans péché », mais : « Je suis l'Immaculée Conception ». La grâce unique de son Immaculée Conception et de sa pureté originelle, exempte de tout péché, constitue son identité et sa gloire, par la grâce de Dieu. J'aime qu'en espagnol, dans le Je vous salue Marie, on ne dise pas « el Señor esté contigo » (« que le Seigneur soit avec vous ») mais « el Señor es contigo » (« le Seigneur est avec vous »). L'emploi de l'indicatif plutôt que du subjonctif reflète la réalité au moment où le salut de l'archange lui parvint. L'utilisation du verbe « ser », au lieu de « estar », indique qu'il ne s'agit pas d'un état de grâce transitoire.

L'appeler « la favorite » reflète l'idée qu'être béni de Dieu, c'est trouver grâce à ses yeux. N'oublions pas que Dieu nous a créés à son image et que, lorsque notre nature fut défigurée par le péché, elle est recréée par le baptême à l'image de son Fils, icône vivante et incarnée de notre Père miséricordieux. Par adoption, nous sommes tous faits petits « fils » ou petits « christs » en Christ lui-même. Marie est le modèle parfait de ce Christ, l'Homme nouveau, le Nouvel Adam, car elle n'a jamais été spirituellement blessée par le péché. Nous cherchons à l'imiter, à suivre son exemple. Nous aussi, nous sommes donc faits modèles, même si, pour ma part, je pense être davantage une pâle imitation de l'original.
Il ne s'agit pas ici d'un ange attribuant un nom ou un titre à la légère. Par nature, et il convient de le rappeler, les anges sont infiniment supérieurs à notre nature matériellement limitée. C'est par la grâce seule que nous sommes élevés au-dessus des anges, et Marie est en cela la plus illustre gloire de notre humanité, car ce salut de saint Gabriel Archange est un éloge suprême. Saint Thomas d'Aquin médite à ce sujet en disant : « C'est comme s'il disait : "Je te témoigne du respect parce que tu me surpasses en plénitude de grâce." » (Instructions catéchétiques de saint Thomas, consultées sur ewtn.com). Comme le souligne à juste titre saint Thomas, les anges ne manifestaient pas spontanément du respect envers les hommes dans l'Écriture. Au contraire, c'est le respect qui leur était témoigné, comme par exemple par notre père Abraham, dans la Genèse 18. Après tout, pourquoi pas ? Les anges, par leur nom et leur mission, comme nous l'avons vu précédemment, sont des messagers du Dieu Très-Haut, une sorte d'ambassadeurs. Afficher du mépris envers l'ambassadeur d'une personne importante est souvent perçu comme un mépris envers celui qui a dépêché ce messager. Ce dernier représente la voix de celui qui l'a envoyé.
L'humilité avant tout
Dans l'art, il est fréquent de représenter la Vierge Marie et l'ange dans une attitude de révérence et d'humilité. Marie reconnaît l'ange comme un messager de Dieu, mais l'archange est représenté avec une inclinaison encore plus profonde, car non seulement elle est comblée de grâce, mais elle deviendra l'Arche de la Nouvelle Alliance, portant le Dieu même que l'ange sert. « Le Seigneur est avec toi ! » Le Seigneur est véritablement avec elle par sa grâce singulière, et il est plus merveilleusement encore incarné en elle. La posture de l'archange Gabriel rappelle celle des deux chérubins qui protègent le couvercle de l'arche et veillent sur l'endroit où la Présence du Seigneur devait révéler à Moïse tous ses commandements (cf. Genèse 25, 10-22). Mais Marie ne se vante pas et ne méprise pas l'ange pour son statut privilégié ; au contraire, elle lui répond humblement : « Je suis la servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38).
Il est intéressant de noter qu'une pratique courante au Moyen Âge consistait à réciter le « Proto Je vous salue Marie » (c'est-à-dire la simple salutation angélique), puis à s'incliner, s'agenouiller ou se prosterner en signe d'humilité et de respect. Comme, de toute évidence, les prosternations ou génuflexions répétées pouvaient être fatigantes, il était considéré comme pénitentiel de réciter un grand nombre de Je vous salue Marie, souvent jusqu'à 150, à l'image des psaumes. On y voit déjà les prémices du Rosaire !
Salutation de sa parente
Après cela, Marie se rend en hâte chez sa parente, sainte Élisabeth, qui était déjà bien avancée dans sa grossesse miraculeuse. Saint Luc rapporte que sainte Élisabeth, « remplie du Saint-Esprit, s’écria d’une voix forte : “Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni !” » (Luc 1, 41b-42). Sainte Élisabeth ajoute sa propre proclamation, inspirée par Dieu, que nous avons reprise à l’envi pendant d’innombrables générations. En effet, elle est la plus bénie entre toutes les femmes. Or, pourquoi sainte Élisabeth dirait-elle d’abord que Marie est bénie, puis que le fruit de ses entrailles est béni ? Le Christ ne devrait-il pas être mentionné en premier, puisqu’il est Dieu ? Certes, Dieu est infiniment plus grand, mais je crois qu'ici, elle fait référence à la sagesse transmise par saint Augustin : « Marie a entendu la parole de Dieu et l'a gardée ; elle est donc bénie. Elle a gardé la vérité de Dieu en son esprit, chose plus noble que de porter son corps en son sein. La vérité et le corps étaient tous deux le Christ : il a été gardé dans l'esprit de Marie en tant que vérité, il a été porté en son sein en tant qu'homme ; mais ce qui est gardé dans l'esprit est d'un ordre supérieur à ce qui est porté dans le sein. » Cette grande bénédiction qu'est le Dieu incarné entre dans sa vie, et dans la nôtre, par son obéissance à Dieu.
Enfin, les pétitions
Le mot « prière » dérive du latin « prex », dont l'un des sens était « une demande adressée à autrui », qu'il s'agisse d'une demande faite à Dieu ou à une divinité, mais qui désignait simplement une demande, en général. Dans certains textes juridiques, cette formulation est encore employée, sans connotation religieuse particulière. Jusqu'à présent, dans le Je vous salue Marie, nous n'avons rencontré que deux salutations – des salutations d'une grande importance spirituelle, certes, mais qui ne constituent pas à proprement parler une prière. On trouve des traces écrites, datant de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, de la pratique courante consistant à demander à Marie de prier pour nous et à l'heure de notre mort. Cela ne signifie pas qu'il n'y avait pas de demandes auparavant, mais simplement qu'elles se sont formalisées davantage à cette époque. Il semble donc qu'à l'époque de saint Dominique, le Je vous salue Marie n'aurait pas inclus cette seconde partie, la demande. Si l'on suit la tradition dominicaine pour la récitation du Rosaire, seule la partie initiale, avant les Mystères, diffère. Nous commençons par « Au nom du Père », etc., puis nous récitons la première partie du Je vous salue Marie, sans la demande.
Bien sûr, cela ne devrait pas nous surprendre. Si vous aviez besoin de quelque chose et que vous deviez le demander, vous vous précipiteriez vers cette personne en lui formulant votre requête sans ménagement ? Vous la salueriez, et si elle était importante, vous pourriez même la complimenter ou reconnaître sa fonction, avant de lui présenter votre demande. Même avec des proches que nous connaissons bien, nous n'allons probablement pas leur dire d'emblée « donne-moi les clés de la voiture ». Pourrions-nous au moins avoir droit à un bonjour ou à un « ravi de te voir » ? Cela paraît en effet assez exigeant, voire ingrat. Évidemment, si nous sommes en danger, nous pouvons bien sûr crier « Au secours ! » et de nombreuses prières magnifiques ne sont que cela : de simples appels à l'aide. Mais dans le cours normal des choses, nous adoptons une approche bienveillante et respectueuse pour formuler nos demandes, et nous reconnaissons notre propre humanité en nous reconnaissant comme pécheurs, comme ceux qui ont failli à Dieu et à nous-mêmes d'une manière ou d'une autre.
Dans ces prières à la Vierge Marie, remarquons que nous nous en remettons entièrement à elle. Dieu sait ce dont nous avons besoin, et il connaît déjà nos cœurs et nos demandes, exprimées ou non. Comme le Notre Père, notre pain quotidien, nous lui demandons son aide par ses propres prières à son Fils, le Seigneur, pour ce dont nous avons besoin maintenant, et pour ce dont nous aurons besoin au moment le plus important de notre vie, à l'heure de notre mort, lorsque nous renaîtrons à l'éternité, pour le salut ou la perdition. Comme l'enseigne saint Paul : « De même aussi l'Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il faut prier ; mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables » (Romains 8, 26). Il suffit de dire et de reconnaître que nous avons besoin d'aide. Et c'est peut-être là la plus belle chose de la prière : l'âme humble devant Dieu, qui demande à la Mère du Seigneur d'être avec elle lorsqu'elle lui confie ses demandes.
Le chapelet Elle compte parmi les dévotions les plus puissantes que la Vierge Marie nous a confiées et, en ces temps troublés, elle demeure un chemin sûr vers la paix, la conversion et un amour plus profond du Christ.
Pape Léon XIV
Article de fond – Théologie pour les laïcs
Nos premiers parents

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À NOTER : PÈLERINAGE DU ROSAIRE VERS L'OUEST 2027
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Notre premier conférencier principal sera le Père Lawrence Lew, OP, Promoteur Général du Rosaire pour l'Ordre Dominicain, bien connu et apprécié pour ses apparitions sur EWTN et ses magnifiques livres d'art et de beauté catholiques, axés sur le Rosaire et la Vierge Marie.
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Tout cela pour louer, bénir et glorifier Son Saint Nom, en vénération de la Bienheureuse Vierge Marie !

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Fr. Dismas Sayre, OP