Le disciple que Jésus aimait
Père Dismas Sayre, OP, directeur du Centre du Rosaire et promoteur de la Confrérie du Rosaire, Bulletin Lumière et Vie, nov.-déc. 2025, vol. 78, n° 6
Le disciple que Jésus aimait
par le père Dismas Sayre, OP
Certains exégètes, à mon avis, sont un peu trop intelligents et ont tendance à trop intellectualiser les choses. Ils accomplissent souvent un travail remarquable et découvrent de petits détails merveilleux, tant littéraires qu'historiques, qui échapperaient facilement à la plupart d'entre nous, moi y compris.
Mais trop souvent, ils agissent comme s'ils étaient payés au mot, ou comme s'ils étaient obligés de trouver quelque chose de « controversé », car il est beaucoup plus facile de se faire publier de cette façon dans notre monde moderne, et on obtient des subventions de recherche pour avoir trouvé quelque chose de nouveau, et non pour être d'accord avec des chercheurs précédents.
Ce qui m'amène à parler de saint Jean l'Apôtre, que je considère, de même que la tradition, comme synonyme de saint Jean l'Évangéliste, et que nous célébrerons durant l'octave de Noël. Les critiques concernant l'attribution de l'Évangile de saint Jean portent souvent sur ce mystérieux « disciple bien-aimé » qui apparaît plus tard dans cet Évangile, dès la Cène (Jean 13, 23). Qui est-il donc ? S'agit-il d'une personne réelle, d'un artifice littéraire, ou bien de saint Jean lui-même ? Je pense qu'en nous plongeant dans l'Évangile, les Épîtres de saint Jean et l'Apocalypse, nous découvrons la cohérence d'un homme qui a vécu intimement le mystère du Christ, depuis la Cène jusqu'à la Crucifixion, auprès de la Vierge Marie, et enfin, le mystère de la Résurrection. N'est-il pas étrange que saint Jean l'Apôtre, l'un des trois plus importants apôtres, qui fut témoin avec son frère saint Jacques et le prince des apôtres, saint Pierre, de la Transfiguration, et qui courut avec saint Pierre au tombeau, ne soit pas ici ? Où est-il ?
Il a pris du recul. Ce n'est pas rare dans les Écritures. Saint Thomas d'Aquin nous dit : « C’est Jean l’Évangéliste qui a écrit son Évangile. Il a parlé de lui à la troisième personne pour éviter de se vanter. » (« Commentaire sur Jean », saint Thomas d'Aquin, 1803). Il serait évidemment déplacé, pour le lecteur comme pour nous, qu'il se proclame ouvertement « Disciple préféré et aimé de Notre Seigneur ! » Mais là n'est pas la question. Alors, pourquoi Jésus l'aimait-il plus que les douze disciples ? Thomas d'Aquin propose alors :
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Il suffit de dire que Jean était plus aimé du Christ pour trois raisons. Premièrement, en raison de sa pureté : il était vierge lorsqu'il fut choisi par le Seigneur et le resta toujours. Celui qui aime la pureté de cœur et dont la parole est empreinte de grâce aura le roi pour ami (Proverbes 22:11). Deuxièmement, en raison de la profondeur de sa sagesse : il scrutait les secrets de Dieu mieux que quiconque ; c'est pourquoi il est comparé à un aigle, car un serviteur avisé a la faveur du roi (Proverbes 14:35). Troisièmement, en raison de l'intensité de son amour pour le Christ : j'aime ceux qui m'aiment (Proverbes 8:17). (Ibid., 1804)
Au début de son Évangile, saint Jean est un observateur silencieux. Il n'a assisté ni à l'Annonciation, ni à la Nativité. Il est témoin des signes accomplis par Jésus, et ces signes révèlent qui il est. Il invite le lecteur : « Regardez ! Voyez ? C'est ce que j'ai vu. Ce qui importe, ce n'est pas qui je suis, mais le Grand JE SUIS, qui est le Christ ! C'est lui. » en chair!« Et par sa contemplation, peut-être la plus grande contemplation parmi les Apôtres, lui seul parmi les Apôtres, est témoin de la Crucifixion. Il observe tout. » prudemment, imitant la Vierge Marie, avec laquelle il se tenait au pied de la Croix, et alors que l'émotion était encore vive à ce moment-là, Je crois néanmoins que, tout comme la Vierge Marie, il chérissait toutes ces choses, les méditant dans son cœur (cf. Luc 2, 19 pour Marie). En Marie, saint Jean voit une âme sœur, et bien qu'il ne soit pas sans péché (il dit des choses insensées dans les Évangiles), il est pur de cœur et entièrement dévoué à Notre Seigneur. Il a contemplé le mystère de l'Amour de Dieu incarné, puis son acceptation volontaire de porter la Croix et sa mort pour l'humanité pécheresse. C'est peut-être pourquoi la Vierge Marie est donnée à saint Jean au pied de la Croix : parce qu'il était, parmi les Apôtres, celui qui lui ressemblait le plus.
Lorsque saint Jean évoque les débuts du ministère public de Notre Seigneur, l'évangéliste prend soin de louer saint Jean-Baptiste, l'homme envoyé par Dieu, qui n'était pas LA Lumière, mais qui a témoigné de le Lumière, afin qu’il puisse rendre témoignage à la Lumière (cf. Jean 1, 6-8). Or, un nouveau Jean, non pas le Baptiste, mais l’Apôtre, va entrer en scène, et he Il témoigne désormais de la Lumière dans son Évangile, invitant le lecteur à voir et à contempler l'Agneau de Dieu, comme il l'a fait lui-même. « Ne regardez pas… » me« Regardez-le ! », dit saint Jean l’Apôtre !
Et en ne se nommant pas, je pense qu'il invite aussi le lecteur à pénétrer le Mystère. Saint Jean-Baptiste, en tant que Précurseur, avait une mission singulière et unique. Mais un disciple que Jésus aime ? Voilà qui ouvre la porte à… Il y en a plus d'un iciEn un sens, vous aussi pouvez être un disciple que Jésus aime ! « Prenez ma place, peut-être pas comme l'un des douze apôtres, mais comme ce disciple que Jésus aime ! » Voilà, je crois, ce à quoi il nous invite à méditer.
Comment y parvenir ? En ayant cette même volonté de s'effacer et de laisser Jésus prendre les rênes. pas la roue, Mais au centre de tout. Nous le faisons en restant unis à la Vierge Marie tout au long de notre vie, en l'invitant dans nos foyers, et oui, dans ce foyer si intime qu'est notre cœur. En restant unis à elle, l'Image et la Mère de l'Église, cette même Église, ce grand hôpital des pécheurs, pour laquelle Jésus a donné sa vie.
Soyez fidèles, ayez un cœur aussi pur, aussi indivisible que votre état de vie vous le permet, et entrez dans ce même esprit contemplatif que possédaient Notre-Dame et saint Jean, et dans lequel nous entrons lorsque nous méditons sur les Mystères de la Vie, du Ministère, de la Mort et de la Résurrection de Notre Seigneur dans le Rosaire de Notre-Dame.
SOIS CE DISCIPLE !
MERCI POUR VOS PRIÈRES ET VOTRE SOUTIEN !
Grâce à votre bienveillance et à vos prières, depuis la dernière lettre d'information, nous avons reçu :

Dix nouveaux novices
Frère Moïse Paul, Frère Edward, Frère Bède, Frère Clément, Frère Paul Marie, Frère Charbel Ambroise, Frère Jean Gabriel, Frère Jacob Marie, Frère Isaac Marie et Frère Josué Matthieu, qui ont reçu leurs habits le 30 août 2025.
Le chapelet
Article de fond – Théologie pour les laïcs
La Trinité - Partie 1
Note du directeur
Chers fidèles du Rosaire Centre & Confrérie, MERCI! à tous ceux qui ont déjà fait un don pour nous aider. Nous ne pouvons pas faire cela sans vous ! Nous comptons sur votre soutien continu. Que Dieu vous bénisse pour votre générosité !
Fr. Dismas Sayre, OP